aède

aède

aède [ aɛd ] n. m.
• 1841; gr. aoidos « chanteur »
Poète épique et récitant, dans la Grèce primitive. Homère a été le plus grand et le dernier des aèdes.

aède nom masculin (grec aoidos, chanteur) Dans la Grèce primitive, poète qui chantait ou récitait, en s'accompagnant sur la lyre, des poèmes célébrant les dieux et les héros.

aède
n. m. Dans la Grèce antique, poète qui chantait ses propres oeuvres, psalmodiées au son de la lyre.

I.
⇒AÈDE1, subst. masc.
A.— Poète épique ou hymnique de la Grèce archaïque, généralement aussi chanteur-récitant de ses œuvres :
1. Et pour charmer encor la table hospitalière, L'aède aux chants aimés va célébrer les dieux.
Ch.-M. LECONTE DE LISLE, poèmes antiques, Niobé, 1852, p. 180.
2. L'aède qui chantait la colère d'Achille trouvait sur sa lyre une quarte, une quinte et peut-être une octave, qui guidaient la voix dans les cadences; ...
L. LALOY, Aristoxène de Tarente, 1904, p. 275.
3. Le griot des nègres d'Afrique est aussi digne de l'attention de l'observateur que l'aède grec; ...
J. COMBARIEU, La Musique, 1910, p. 12.
4. Tel est l'art de l'aède, qui est comme la mémoire des guerriers. L'orateur et le poète sont soumis à cette condition de se conformer à une sorte de modèle de leur parole; sans quoi on entend mal ce qu'ils disent.
ALAIN, Propos, 1923, p. 482.
5. C'est le rôle de la musique même rassemblant, dès l'antiquité la plus haute, le nomade et le sauvage autour de la loi qui se chante. C'est le rôle des aèdes orphiques ou homériques relevant les ruines morales de l'hellénisme primitif dispersé dans les îles par l'invasion des Doriens.
É. FAURE, L'Esprit des formes, 1927, p. 44.
6. ... il existe peut-être des littératures, il n'existe pas de littérateur. Or c'est la psychologie du littérateur qui nous occupe ici. Le littérateur nous semble, d'ailleurs, se montrer de très bonne heure. L'aède, bien qu'il ne fît guère que des récits légués par la tradition et ne parlât jamais de soi, y insérait certains morceaux de son cru, que ses auditeurs savaient être de son cru et pour lesquels il devait souhaiter, et sans doute obtenir, un succès personnel. L'aède est bien déjà un littérateur. Pour la même raison, et plus encore, le récitant des chansons de geste, et quoi qu'on en ait dit, le barde breton, le scalde scandinave.
J. BENDA, La France byzantine, 1945, p. 152.
B.— P. ext.
1. Poète d'une période reculée et d'un style rappelant celui des aèdes grecs :
7. Le grand interprète de la passion vénusiaque, l'aède de la splendeur et suavité féminine, de l'attachement physique (...), c'est Ronsard.
L. DAUDET, Mes Idées esthétiques, 1939, p. 166.
2. Poète présentant ses œuvres à un public populaire ou dans un lieu public :
8. Ce sont des aèdes que ces gens-là. Leur instrument est grotesque? Soit, mais l'intention demeure. Transformez leur boîte à polkas en un orgue d'Alexandre et la main qui tourne leur manivelle en celle de Lefébure-Wély et vous ne rirez plus.
S. MALLARMÉ, Correspondance, 1862, p. 58.
9. ... M. Jean Moréas marche, suivi, dit-on, de cinquante poètes (...). On cite le café où chaque soir l'aède du symbolisme enseigne les rhapsodes de l'avenir.
A. FRANCE, La Vie littéraire, t. 4, 1892, p. 145.
10. T'as l'air du petit vendeur d'un bijoutier de la rue Royale... Raoul Jemmequin (...) est l'aède de la bande.
R. MARTIN DE GARD, Devenir, 1909, p. 29.
11. ... l'épopée titanique, la lumière olympienne du grand aède Spitteler, les traditions vivantes des fêtes populaires, et la sève de printemps qui travaille l'arbre rude et antique : tout cet art encore jeune, qui tantôt râpe la langue, comme les fruits pierreux des poiriers sauvages, tantôt a la fadeur sucrée des myrtils noirs et bleus, mais du moins sent la terre, est l'œuvre d'autodidactes qu'une culture archaïque ne sépare point de leur peuple et qui lisent, avec lui, dans le même livre de vie.
R. ROLLAND, Jean-Christophe, La Nouvelle journée, 1912, p. 1436.
12. Les chansons des vendanges, en Bourgogne, m'avaient (...) enseigné que les aèdes populaires parlent une langue musicale plus riche que celle des professionnels.
M. EMMANUEL, Pelléas et Mélisande, av.-pr., 1929, p. 5.
3. Compositeur de musique d'opéra d'inspiration préchrétienne :
13. Il y a deux natures dans la personne artistique de Gounod : la nature chrétienne et la nature païenne, l'élève du séminaire et le pensionnaire de l'École de Rome, l'apôtre et l'aède.
C. SAINT-SAËNS, Portraits et souvenirs, Charles Gounod, 1909, p. 47.
4. Orateur parlant en style épique ou lyrique à un public étendu :
14. Les mœurs politiques américaines, peu connues chez nous, avec leur mélange de lenteur cérémonieuse et de langage direct, brutal, décoraient d'un charme cinématographique une action si agréable à un cœur français. Rien ne faisait plus obstacle à ce que nos oreilles donnassent audience aux accents de l'aède. Les pipeaux de Wilson firent entendre le mode neuf après lequel tout le monde soupirait.
J.-R. BLOCH, Destin du Siècle, 1931, p. 86.
15. Parmi ces nombreux talents [d'orateurs], on peut signaler le général Foy, l'aède enflammé du sentiment national...
A. WICART, Les Puissances vocales, L'Orateur, t. 2, 1936, p. 80.
Rem. 1. a) Syntagmes les plus cour. : accents, art, chant, paroles, récit, voix de l'aède. b) Autres syntagmes : aède grec, - homérique (ex. 3, 5); l'aède s'accompagne gén. de la lyre (ex. 2), il occupe un rôle de premier plan dans la transmission de la tradition orale (ex. 6), parle ou chante pour un public devant lequel il célèbre les dieux (ex. 1), les exploits des héros, réels ou légendaires (ex. 2) ou les hauts faits qui ont marqué l'histoire de son peuple (ex. 4, 5). Il a ses analogues dans le récitant de chanson de geste, le barde breton, le scalde scandinave, le griot des nègres, qui comme lui chantent l'histoire plus ou moins légendaire de leur peuple, conservée par la tradition (ex. 3, 6). D'où le syntagme : aède populaire. 2. Les ext. de sens se sont produites sur 2 axes : a) Sur les sèmes antique et style (cf. B 1 et 3). b) Sur le sème présentation d'œuvres à un public (cf. B 2 et 4). 3. Il y a eu d'autre part passage du domaine primitif où poésie, chant et accompagnement musical sont réunis, à des domaines plus récents et plus différenciés : a) Poésie seulement verbale (B 1), puis orateur d'un certain style (B 4). b) Compositeur de musique d'opéra (B 3).
Prononc. :[].
Étymol. ET HIST. — 1852 « chantre, poète », supra.
Empr. au gr. () « chanteur, chantre », d'où « poète » (Iliade, 24, 721 ds BAILLY).
BBG. — BÉL. 1957. — BÉNAC 1956. — LAVEDAN 1964. — PERRAUD 1963. — TIMM. 1892, p. 278 (s.v. aëde).
II.
AÈDE2, subst. masc.
ENTOMOL. Espèce de moustique bourdonneur vivant en Europe ou dans les pays tropicaux, porteur de maladies et piqueur :
La famille des culicidés comprend elle-même trois genres : (...), le genre Aède.
VINCENT, RIEUX ds (F. Widal, P.-J. Teissier, G.-H. Roger, Nouveau traité de médecine, fasc. 5, 1920-1924, p. 207).
Prononc. :[]. — Rem. BESCH. 1845 transcrit : è-de.
Étymol. ET HIST. — 1818 « espèce de moustique » (MEIGEN, Syst. Beschr. Zweifl. Insekt, I, 13 ds AGASSIZ, Nomenclator Zoologicus, 1842-46, s.v. Aedes :- privatif, « jucundus » Culicina).
Prob. empr. au gr. « désagréable, déplaisant »; l'identification à aède1 (Lar. encyclop.), qui ne semble pas justifiée étant donné le caractère importun de cet insecte, a pu être suggérée par le bourdonnement qu'il émet pendant son vol.
STAT. — Fréq. abs. litt. :24.

1. aède [aɛd] n. m.
ÉTYM. 1841; du grec aoidos « chanteur ».
Didact. Poète épique qui, souvent, chantait et récitait ses œuvres (dans la Grèce ancienne).
1 Tel est l'art de l'aède, qui est comme la mémoire des guerriers. L'orateur et le poète sont soumis à cette condition de se conformer à une sorte de modèle de leur parole; sans quoi on entend mal ce qu'ils disent.
Alain, Propos, 1923, p. 482, in T. L. F.
Par ext. Poète oral dont le style rappelle celui des aèdes grecs.Poète qui présente ses œuvres dans un lieu public (dans les cultures orales).
2 J'ai vu les aèdes dans leur couverture, leur bras d'aveugle étendu pour appeler les morts !
Malraux, Antimémoires, Folio, p. 421.
Fig. et littér. || Un aède du sentiment national.
HOM. 2. Aède.
————————
2. aède [aɛd] n. m.
ÉTYM. 1818; p.-ê. du grec aêdês « désagréable » ou jeu de mot sur 1. aède, à cause du bourdonnement.
Zool. || Aèdes (n. m. pl.) : moustiques de diverses espèces, parmi lesquelles aedes aegypti et aedes simpsoni, insectes vecteurs de la fièvre jaune, diptères nématocères de la famille des culicidés.Au sing. || Un aède.
HOM. 1. Aède.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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